Violences éducatives ordinaires et douces violences
Violences éducatives ordinaires et douces violences : quelle différence, et pourquoi la connaître change tout ?
En réunion d’équipe ou en analyse des pratiques, ces deux expressions reviennent souvent, parfois employées l’une pour l’autre. Pourtant, elles ne recouvrent pas la même réalité.
Les violences éducatives ordinaires : une réalité désormais définie par la loi
Les violences éducatives ordinaires, souvent désignées par les lettres VEO, regroupent les gestes et paroles utilisés pour obtenir l’obéissance d’un enfant par la contrainte ou la peur : fessées, gifles, cris, menaces, humiliations, chantage affectif. Le terme « ordinaires » ne minimise pas ces actes, il pointe au contraire leur banalisation dans l’éducation, longtemps justifiée par l’idée qu’une fessée « n’a jamais fait de mal à personne ».
Depuis la loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019, cette question ne relève plus seulement du débat éducatif : elle est inscrite dans le Code civil. L’article 371-1 précise désormais que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. Ce texte s’adresse en premier lieu aux parents, mais il a eu un effet aussi dans les métiers de la petite enfance, où il sert aujourd’hui de point d’appui pour interroger les pratiques professionnelles.
Ce texte concerne d’abord l’exercice de l’autorité parentale, mais son esprit se retrouve aussi du côté des établissements d’accueil collectif. La charte nationale pour l’accueil du jeune enfant, fondée sur l’arrêté du 23 septembre 2021, pose parmi ses dix principes celui d’un accueil bienveillant : elle prolonge, dans le cadre professionnel, la même exigence que la loi de 2019 impose aux parents.
Les douces violences : un concept construit à partir du terrain
Le terme de « douces violences » a une autre origine. Il a été développé par Christine Schuhl, formatrice et autrice, à partir de son expérience dans les métiers de la petite enfance. Elle les définit comme des attitudes, paroles, gestes et rythmes où l’intention de l’adulte prend le dessus sur celle de l’enfant. Ce concept est notamment développé dans l’ouvrage qu’elle a coécrit avec J. Serres, Petite enfance et neurosciences, (re)construire les pratiques (Chronique Sociale).
Concrètement, une douce violence, c’est déshabiller un enfant sans un mot pour le prévenir, parler de lui à la troisième personne devant lui comme s’il n’était pas là, l’interrompre en pleine activité parce que « c’est l’heure », ou comparer deux enfants entre eux sans y penser. Rien de tout cela ne relève d’une volonté de nuire. Ces gestes naissent le plus souvent de la fatigue, du nombre d’enfants à gérer, du rythme imposé par l’organisation de la journée : autant de contraintes réelles, qui expliquent ces automatismes sans les rendre anodins pour autant.
Ce qui distingue réellement les deux notions
La différence tient d’abord à l’intention et à la gravité. Une VEO relève d’un usage conscient, ou en tout cas assumé, de la contrainte ou de la peur pour obtenir l’obéissance : elle entre dans un cadre que la loi qualifie et interdit explicitement. Une douce violence, elle, s’installe sans intention de faire mal, souvent à l’insu même de la personne qui la reproduit, tant elle fait partie des habitudes du quotidien.
Les deux notions partagent pourtant un point commun : dans un cas comme dans l’autre, le rythme, les besoins ou le ressenti de l’enfant passent après ceux de l’adulte. C’est ce point de bascule qui mérite d’être regardé de près, quelle que soit la gravité du geste.
De plus, une douce violence qui se répète sans jamais être questionnée finit par installer un fonctionnement où l’adulte ne se demande plus ce que ressent l’enfant. C’est précisément ce que l’APP permet d’éviter : repérer tôt, avant que l’habitude ne s’installe durablement.
Pourquoi cette distinction change le regard en équipe
Confondre les deux notions conduit à deux écueils opposés. Le premier est de minimiser les douces violences au prétexte qu’elles n’ont rien à voir avec de la maltraitance, ce qui empêche d’en parler. Le second est de les assimiler à des violences éducatives ordinaires, ce qui culpabilise des professionnels engagés et bienveillants pour des gestes qui tiennent souvent à l’organisation du travail plutôt qu’à un manque de bientraitance.
Séparer clairement les deux permet d’ouvrir une discussion d’équipe sans jugement : repérer un geste du quotidien qui mériterait d’être ajusté ne remet pas en cause la qualité globale de l’accompagnement proposé aux enfants.
Concrètement, que peut faire une équipe ?
Quelques leviers simples, à construire collectivement. Observer ensemble des scènes ordinaires de la journée, sans chercher un responsable mais en cherchant à comprendre ce qui a conduit à ce geste. Se donner le droit à l’erreur et en parler ouvertement, plutôt que de la cacher par peur du jugement des collègues. Prendre l’habitude de prévenir l’enfant avant un soin ou une transition, même quand le temps manque. S’appuyer enfin sur des espaces réguliers, comme l’analyse des pratiques professionnelles ou une journée pédagogique dédiée, pour que ces échanges aient un cadre et ne reposent pas uniquement sur la bonne volonté de chacun.
En résumé
Les violences éducatives ordinaires et les douces violences ne se situent pas sur le même plan : les premières sont clairement définies et interdites par la loi, les secondes relèvent d’automatismes professionnels à interroger collectivement. Mais toutes deux invitent à la même vigilance, celle de remettre régulièrement le rythme et le vécu de l’enfant au centre des pratiques.
C’est précisément l’objet de la formation « Prévenir les violences éducatives ordinaires (VEO)« , proposée par Graines de Papillons sur une journée, extensible à deux, pour donner aux équipes des repères concrets et un espace pour en parler sans crainte du jugement. Renseignements et dates sur simple demande.
